À lire, un article de C. Hazif-Thomas et D. Pian intitulé « Regards croisés sur la psychiatrie et la santé mentale pensées au prisme du biopouvoir », sous presse (avril 2026) dans la revue Éthique & Santé, dont voici le résumé:
« Évoquer l’évolution de la psychiatrie au prisme du biopouvoir selon les idées de Michel Foucault ne peut se faire sans restituer la dynamique biopolitique dans laquelle s’inscrit la politique de santé mentale. Celle-ci s’est construite autour d’une concurrence du savoir psychiatrique et du droit dans un contexte de mise en avant des droits des malades depuis un quart de siècle, avec l’espoir de mise en place d’une démocratie sanitaire pouvant tout autant bénéficier aux malades affectés de pathologies organiques qu’aux personnes souffrant de troubles mentaux. Le biopouvoir promeut la santé mentale comme idéal collectif et moral, transformant la médecine psychiatrique en instrument de régulation sociale, garante d’une normalité comportementale, avec une prétention scientifique statistique. Le risque éthique est que la psychiatrie quitte le champ du soin pour s’inscrire dans une logique de gouvernementalité, qui encadre les conduites sous couvert de bien-être et de prévention. La donne actuelle que veut embellir la mise en scène de l’année 2025 comme grande cause nationale ne peut faire illusion sur une discipline sinistrée sur laquelle le comité consultatif national d’éthique a sonné l’alerte dans un récent avis encore peu médité par les professionnels de santé mentale. S’il est possible de percevoir la persistance d’un biopouvoir à travers la mission de contrôle social que continue d’assumer la psychiatrie publique, sa carence de moyens et son orientation vers le système général de santé l’empêchent de plus en plus de respecter la singularité psychique des patients les plus en souffrance. »
Autres articles sous presse en avril 2026 dans la revue Éthique & Santé:
- La sollicitude critique: une enquête à partir de la prise en charge de la douleur, par A. Mouratian
- Loi Leonetti 20 ans après: loi obsolète ou enjeux de sagesse pour la fin de vie? par V. Avérous et A. Mathé
- L’IRM cérébrale chez des jeunes ayant un trouble des apprentissages: examen abusif ou nécessaire? par A.X. Malliopoulos