Sobriété en médecine: vers une médecine de la justesse, un nouveau courage éthique pour les soignants
Comme tous les sept ans, la France s’apprête à rouvrir le grand chantier démocratique de révision des lois de bioéthique. À l’horizon 2026, les États généraux de la bioéthique, organisés par le Comité Consultatif National d’Éthique, introduisent un thème inédit, profondément en résonance avec la réalité du terrain: la sobriété en médecine.
Dans un système de santé soumis à de fortes tensions –contraintes budgétaires, pénurie de professionnels, pression organisationnelle croissante–, la sobriété pourrait être perçue comme une médecine du renoncement. Ce serait une erreur. La sobriété n’est ni une médecine du manque, ni la primauté donnée à une logique comptable: elle appelle une médecine de la justesse.
La médecine de la justesse n’est pas celle qui fait moins, mais celle qui cherche à faire ce qui est juste pour ce patient, à ce moment précis, dans ce contexte donné. Elle interroge la pertinence des actes, leur proportionnalité, leur sens. Elle invite à sortir du réflexe du «toujours plus» pour se recentrer sur le bénéfice réel, clinique et humain, du soin proposé.
Pour les soignants, cette approche doit être synonyme de nouveau courage éthique:
- le courage de questionner des pratiques devenues routinières,
- le courage de renoncer à des actes inutiles ou disproportionnés,
- le courage d’expliquer, de dialoguer, et de décider avec le patient dans une véritable démarche partagée, respectueuse de ses choix, de ses valeurs et de ses préférences –somme toute de sa dignité.
La sobriété en médecine est aussi une exigence de justice et d’équité. Dans un contexte de ressources limitées, soigner avec justesse, c’est refuser que les contraintes pèsent toujours sur les plus vulnérables. C’est penser simultanément le respect de la personne et la responsabilité collective.
Penser la sobriété comme une médecine de la justesse, ce n’est pas affaiblir le soin. C’est au contraire le réhumaniser, en rappelant que la qualité d’une médecine ne se mesure pas au nombre d’actes réalisés, mais à la justesse des décisions prises.
Les États généraux de la bioéthique 2026 nous invitent ainsi à repenser ce qui fait la grandeur et la force du soin, à savoir sa finalité et son humanité.
Très belles fêtes à toutes et à tous… en espérant qu’elles soient un heureux temps de respiration et de partage en famille vous permettant de reprendre sereinement le chemin du soin… avec toujours plus de justesse.
Pr Gilles Bernardin