À lire un article de Boris Nikolic intitulé « The harm that wasn’t: moral residue, near-miss events, and the ethics of harmless error in procedural medicine » publié dans Medicine, Health Care and Philosophy (septembre 2026)
L’absence de dommage clinique ne signifie pas l’absence de responsabilité éthique. À partir d’un cas hypothétique où un chirurgien commence à opérer le mauvais rein avant de corriger son erreur sans conséquence physique, l’auteur interroge les limites de la notion d’« événement évité de justesse » (near-miss). Si l’incident a été identifié, déclaré et analysé, le patient n’en a pourtant jamais été informé. Or, la correction technique d’une erreur n’efface pas les obligations morales qu’elle a fait naître. S’appuyant sur la notion de « résidu moral » développée par Bernard Williams, l’auteur distingue trois dimensions éthiques : relationnelle, lorsque le silence compromet la confiance entre médecin et patient ; professionnelle, lorsqu’il altère l’intégrité morale du soignant ; institutionnelle, lorsqu’il installe une culture de dissimulation derrière les procédures de gestion des risques. Le droit du patient à connaître ce qui s’est réellement passé ne dépend ni de l’existence d’un préjudice mesurable ni de la culpabilité du professionnel. Il découle de sa reconnaissance comme personne, titulaire d’un droit à l’information et au respect de son autonomie. L’auteur plaide ainsi pour une éthique relationnelle qui dépasse la seule évaluation des conséquences cliniques, sans imposer pour autant la divulgation systématique de tous les incidents interceptés avant d’atteindre le patient.
Le message éthique essentiel : la qualité morale d’un soin ne se mesure pas uniquement à son résultat, mais aussi à la loyauté, à la transparence et au respect de la personne. Une erreur peut ne laisser aucune séquelle clinique et pourtant laisser une dette éthique. (Source: Medicine, Health Care and Philosophy)