A lire un article de Bernard Baertschi dans la Revue française d’éthique appliquée (2026/1, n°17, page 86-100) dont voici le résumé:

Bernard Baertschi part du constat que le terme « discrimination » est omniprésent dans les débats publics, mais souvent employé sans rigueur, comme s’il désignait toute forme d’inégalité. Or, toute inégalité n’est pas nécessairement injuste : lorsque les ressources sont rares, notamment en santé, leur répartition suppose inévitablement des différences de traitement.

L’auteur définit donc la discrimination comme l’attribution inégale d’un bien, d’un droit ou d’une ressource selon un critère injuste parce qu’inadapté au bien considéré. Les compétences peuvent ainsi légitimement déterminer un recrutement, contrairement au sexe ou à la couleur de peau. Cette définition permet d’identifier aussi bien les discriminations directes et intentionnelles que les discriminations indirectes ou systémiques, produites sans volonté explicite de nuire.

La discrimination est un « concept moral épais » : il décrit une différence tout en la condamnant. Son emploi prématuré risque donc de transformer une simple observation statistique en jugement moral, sans examiner les causes de l’inégalité. Une disparité entre deux groupes ne prouve pas, à elle seule, une discrimination : il faut contrôler les facteurs explicatifs, vérifier la pertinence des groupes comparés et montrer que le critère de répartition est réellement inadéquat.

Baertschi distingue ainsi une détection a priori, par l’examen du critère utilisé, et une détection a posteriori, qui part des écarts observés pour rechercher leur cause. Cette seconde méthode est indispensable pour révéler les discriminations systémiques, mais elle expose au risque de confondre corrélation et causalité.

Enfin, l’auteur interroge l’identité de la victime. Les groupes sociaux constituent des repères utiles pour repérer les injustices, mais, dans la tradition libérale, les véritables titulaires de droits demeurent les individus. Dire qu’un groupe est discriminé signifie donc, plus précisément, que des personnes subissent un désavantage en raison de leur appartenance à ce groupe. Le « bon usage » du concept consiste ainsi à toujours préciser quel bien est réparti, selon quel critère, par quelle autorité et au détriment de quelles personnes, afin que l’accusation de discrimination éclaire le débat au lieu de le clore (Source Revue Française d’Éthique Appliquée).

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