À lire un article de Wilheim Haverkamp intitulé « the clicking doctors: how the mouse restructures clinical attention », publié dans Medicine, Health Care and Philosophy (octobre 2026).

L’auteur analyse comment l’informatisation croissante de la médecine transforme profondément l’attention que les médecins portent à leurs patients. Les dossiers électroniques, notifications, interruptions et clics incessants ne provoquent pas seulement une surcharge cognitive, mais pourraient modifier durablement la manière même de penser et d’exercer la médecine. Trois mécanismes sont identifiés : les résidus attentionnels laissés par les tâches interrompues, la fragmentation de la réflexion par les délais informatiques et les changements d’activité imposés par les interfaces numériques. Progressivement, l’attention médicale risque de devenir superficielle, réactive et davantage dirigée par les exigences du système que par les besoins du patient. Il propose de limiter les interruptions numériques, de préserver le contexte des tâches interrompues et de sanctuariser des temps de réflexion clinique ininterrompus. Il reconnaît toutefois que l’hypothèse d’une transformation durable de l’attention reste à démontrer empiriquement. L’enjeu dépasse donc la prévention de l’épuisement professionnel pour interroger la qualité même du jugement médical. La capacité d’attention constitue une exigence éthique fondamentale, car reconnaître la singularité d’un patient suppose de pouvoir véritablement l’écouter et le comprendre. Le message essentiel est que le progrès numérique ne doit pas seulement faire gagner du temps aux médecins, mais préserver leur capacité à penser, à discerner et à rencontrer authentiquement leurs patients. (Source Medicine, Health Care and Philosophy)

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