La chirurgie esthétique est un exercice de la médecine délicat, à la confluence de la beauté et de la thérapeutique. Le professeur Raymond Vilain, chirurgien plasticien émérite, aimait dire : “la chirurgie plastique ramène de l’anormal au normal, la chirurgie esthétique ramène du normal à la beauté”. La chirurgie esthétique répond à la liberté de chacun de disposer de son corps et de sa propre image. Elle a pour objectif de corriger les difformités acquises avec le vieillissement ou présentes dès la naissance. Si son action sur la souffrance psychologique des patients est véritablement “thérapeutique”, elle ne répond à aucune nécessité médicale. La demande du patient est sa seule justification, ce qui impose au praticien une entente bienveillante et une objectivité sans faille quant aux solutions proposées par rapport aux souhaits formulés.

La chirurgie esthétique est une activité très développée dans nos pays riches, avec plus de 500.000 actes chaque année en France, plus de 1.000 chirurgiens plasticiens en exercice et près d’un million de Français ayant déjà eu recours à ses services. Malheureusement la pratique de cette chirurgie ne répond pas toujours aux règles déontologiques et éthiques fixées par la société savante de chirurgie plastique.

Le chirurgien doit répondre à un devoir d’information accrue des patients en accord avec le code de la santé publique, remettre un devis détaillé de son coût et respecter un délai de réflexion minimum de 15 jours. Une fiche d’information écrite, rédigée par les experts de la spécialité, est distribuée avant chaque intervention. Elle explique les bénéfices de l’intervention, les suites opératoires et les risques d’imperfections ou de complications possibles.

L’obligation de moyens mise en œuvre pour obtenir un résultat satisfaisant est renforcé, sans toutefois avoir une obligation de résultat. En effet, opérer l’humain est soumis à des aléas imprévisibles, et aucun résultat ne peut être garanti. Cependant, l’intervention proposée doit être “proportionnée” à la disgrâce. Les risques encourus ne doivent pas surpasser l’embellissement attendu. Le geste doit être conforme aux règles de l’art de la chirurgie plastique moderne.

Le chirurgien plasticien doit respecter certaines règles fondamentales de déontologie. Il ne doit pas réaliser d’information à caractère “publicitaire”, soit par le biais d’attachés de presse, de conseillers “esthétiques”, soit en rédigeant des ouvrages ou en participant à des émissions de télévision ou radio à destination du grand public. Il ne doit pas non plus démarcher ses patients par téléphone ou sms, ni démarcher les centres d’esthétique, salons de coiffure ou salles de sport. La réglementation quant à la publication de résultats “avant-après” sur un site Internet ou sur les réseaux sociaux modernes n’est pas bien définie, mais ces pratiques sont à réaliser avec la plus grande prudence.

Un dernier point-clef est à évaluer avant toute décision chirurgicale : l’autonomie du patient pour prendre une décision sur sa santé. En effet, il est nécessaire de dépister des facteurs propres au patient qui pourrait altérer son jugement, et par là même son contentement du résultat, aussi beau soit-il : un état dépressif majeur ou une démence débutante peuvent altérer la vision de soi-même. La dysmorphophobie, plus difficile à diagnostiquer, doit absolument être analysée avant tout traitement sous peine d’une grande déception pour le patient et pour le chirurgien.

Dr Baptiste Bertrand

Chirurgien plasticien