La revue “Éthique – La vie en question”, revue de recherche scientifique philosophique éditée par l’Institut Hannah Arendt, publie ce mois-ci un article de Flore Chevet, thérapeute familiale pour l’UFITAA (Unité Familiale Inter-hospitalière pour les Troubles du comportement Alimentaire chez l’Adolescent) à l’Hôpital Jean Verdier (93 Bondy), sur le “mérite” et la greffe.

En voici le résumé:

Lorsqu’on entre dans le domaine de la greffe d’organe, la question des critères d’inscription sur liste d’attente est essentielle, et soumise à un débat constant. Plus que la loi en elle-même, c’est aux équipes, aux médecins, de trouver la juste mesure, face à la singularité de chaque situation, tout en s’appuyant sur des concepts de justice et d’équité nécessaires à leur processus de décision. Parce qu’il y a pénurie, les équipes contrebalanceraient ce flou de l’attribution par une forme de pression, créant l’idée d’un ultime critère : le patient est-il méritant ou pas ? Si, pour Marcel Mauss, le don est indispensable à notre lien social, on peut penser le don d’organe comme vision humaniste pure, et réseau humain le plus abouti. Mais il est aussi possible, avec Gildas Richard, que ce soit le donataire qui fasse le don. Le don devient ainsi non une nécessité qui contraint mais une nécessité qui oblige, renvoyant à bien autre chose qu’à lui-même. C’est en ce sens que Jean-Luc Nancy propose de parler, plutôt que de don, de transmission de vie, renforçant l’idée d’un passage, d’un flux de vie qui vient d’ailleurs, de plus loin que nous. Mais finalement, on peut poser l’hypothèse que le don d’organe post-mortem, loin d’être une triangulation, révélerait bien une relation duelle par procuration entre l’équipe et le receveur. Les équipes peuvent ainsi se sentir dépositaire de ce don particulier et créer des conditions d’attente envers le receveur, idéalement devenu donataire. Du côté des patients, les paris restent ouverts. Si le rôle de l’équipe est de créer les conditions, malgré les moments de frustration et de découragement, permettant au receveur de devenir donataire, d’accéder à plus d’autonomie, d’épanouissement, d’accroissement de soi, sa limite restera la singularité des histoires de chaque patient, leur temporalité, leur représentation de la greffe et leur rapport au désir et aux sentiments de gratitude.

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